Ce qui s'est passé ce matin-là
Il était 8h47 quand le conducteur d'un utilitaire immatriculé dans le Var a confondu la pédale de frein avec l'accélérateur en manœuvrant pour se garer. Le véhicule a traversé le trottoir, arraché un potelet vert et fini sa course dans la devanture d'une boutique de vélos. Le bruit a résonné jusqu'au numéro 11, où Julien Vincent, notre chef d'atelier, venait d'allumer la presse à chaud.
Les pompiers du bataillon de Marseille sont arrivés en sept minutes depuis la caserne du boulevard de la Corderie. Le conducteur, indemne, a été entendu par la police municipale. Sur place, les dégâts se limitaient à une vitrine éclatée, un cadre de vélo tordu et une flaque d'huile de quatre mètres carrés.
Mais pour les commerçants du quai, la vraie facture est arrivée plus tard.
Le trottoir, ce no man's land
Avant l'accident, le quai de Strasbourg entre le boulevard du Maréchal-Lyautey et l'avenue de la Corse présentait un trottoir de 1,80 mètre, déjà encombré par les terrasses saisonnières et les panneaux publicitaires. La camionnette a coupé cet espace en deux, et les piétons, pendant trois semaines, ont dû descendre sur la chaussée pour contourner les gravats.
Claire Fournier, qui gère les rendez-vous chez Drawbackbeam SARL depuis 2000, se souvient d'une cliente âgée venue pour une plaque de boîte aux lettres : elle a traversé le carrefour en courant, effrayée par les scooters. Ce détail a mis le feu aux poudres.
La mairie du 8e arrondissement a reçu, entre le 22 avril et le 6 mai 2025, sept courriers de commerçants demandant une sécurisation. Quatre d'entre eux évoquaient déjà un problème d'accès pour les personnes à mobilité réduite.
Une réunion, trois décisions, zéro béton
Le 15 mai 2025, une réunion s'est tenue en mairie annexe, rue du Rouet. Autour de la table : deux élus, un représentant de la métropole, six commerçants, et Camille Thomas, qui signe les devis chez nous. Aucune décision n'a été prise sur le stationnement, mais trois mesures ont été actées.
Premièrement, un marquage jaune provisoire a été peint au sol sur 22 mètres pour délimiter une zone de dépose-minute. Deuxièmement, la vitesse a été abaissée à 30 km/h sur cette portion, effective depuis le 2 juin 2025. Troisièmement, un potelet rigide supplémentaire a été installé devant le 19, à 60 centimètres du bord du trottoir.
Le coût total de ces aménagements, financé par la métropole Aix-Marseille-Provence, s'élève à 4 780 euros. Personne n'a évoqué de ralentisseur, jugé incompatible avec la circulation des bus de la ligne 73.
Ce que ça change pour nous
À l'atelier, on a modifié deux habitudes. Les livraisons de vinyle adhésif se font désormais avant 9h, par l'arrière de l'immeuble, sur la rue Goudard. Et le créneau de 8h30 à 9h15, autrefois dédié aux poses de vitrophanie, sert maintenant à vérifier les accès et à dégager le trottoir.
Julien Vincent a aussi fait relever les seuils de porte de l'atelier, qui accueille des clients pour des plaques gravées. Un client sur cinq vient à pied depuis la station de métro Perier, à 400 mètres. Depuis juin, il met onze minutes au lieu de huit.
Le changement le plus visible reste la disparition de la camionnette blanche garée en double file devant le numéro 17, que trois riverains avaient signalée en 2024.
Ce qui reste en suspens
Le dossier n'est pas clos. Une pétition de 143 signatures circule depuis le 20 juillet 2025 pour obtenir un éclairage public renforcé à l'angle de la rue Goudard. La mairie n'a pas donné de date.
Pour les artisans du quai, la leçon tient en une phrase : un accident de trois secondes a produit quatorze mois de démarches. Nous continuons de recevoir des commandes de panneaux et de lettres peintes, mais nous regardons désormais deux fois avant de traverser.