Une commande de 1999, deux lettres mal posées
Tout a commencé par un refus.
En novembre 1999, Claire Fournier travaillait comme assistante dans une imprimerie du boulevard Baille, et un client du quartier lui apporte la vitrine d'une ancienne cordonnerie, rue Sainte-Cécile, dont il vient de reprendre le bail : il voulait des lettres dorées, une enseigne peinte à la main, et il avait déjà acheté la peinture, sans se demander si le mur pouvait la recevoir. Claire a regardé la surface, l'a trouvée farineuse, et l'a renvoyé chez lui avec un pot de lessive et une éponge. Il est revenu dix jours plus tard. La peinture a tenu. Claire a peint l'enseigne un samedi matin, avec un pinceau plat de 40 mm, et elle a facturé 1 800 francs, un prix qu'elle trouvait alors correct pour trois heures de travail. Trois autres commerçants de la rue ont demandé la même chose dans le mois qui a suivi.
L'atelier a ouvert officiellement en janvier 2000, dans un local de 34 mètres carrés au 17 quai de Strasbourg, loué 2 900 francs par mois à un ferronnier qui partait à la retraite et qui a laissé derrière lui un établi trop lourd pour être descendu. Julien Vincent est arrivé en 2004, après un CAP de sérigraphie et deux ans dans une usine de Vitrolles. Camille Thomas les a rejoints en 2011 pour tenir les devis, parce que Claire passait ses soirées à calculer des surfaces au lieu de peindre.
Ce que l'atelier refuse
Beaucoup de gens appellent en demandant si on peut brancher une enseigne lumineuse sur le tableau électrique de la boutique.
Non. Jamais. Nous n'avons ni habilitation ni assurance pour toucher au réseau, et un lettrage correctement posé n'a pas besoin de courant : si un client veut de la lumière, il fait venir un électricien, on discute avec lui des fixations, et on pose le support avant qu'il passe, ce qui évite de repercer trois fois la même façade parce que personne ne s'est parlé.
Même chose pour les véhicules. Une camionnette de livraison, on la fait. Un logo de porte, une bande réfléchissante, une adresse au dos, c'est notre travail. Mais on ne touche pas aux vitres teintées, on ne démonte pas de pare-chocs, on ne pose rien sur un véhicule qui doit passer au contrôle technique dans la semaine sans que le propriétaire ait vérifié la réglementation. Troisième limite : les façades. On grave une plaque de cuivre, on découpe un adhésif, on peint un panneau de bois. On ne perce pas une corniche, on ne remplace pas un enduit, on ne touche pas à la pierre de Cassis d'un immeuble du Panier. Quand la question se pose, on oriente vers un maçon ou un tailleur de pierre, et on fournit le dessin à l'échelle.
Il y a aussi les produits. Pas de pesticides, pas de biocides, pas de traitement anti-mousse sur un mur. Ce n'est pas notre métier, et ce n'est pas ce qu'on sait faire.
L'atelier, la Presqu'île et les quartiers
La moitié des commandes vient d'un rayon de trois kilomètres : un coiffeur de la rue de la République, une auto-école du cours Lieutaud, la boulangerie de la place Sébastopol, le cabinet d'infirmières de la rue Sénac. Nous avons aussi des clients à Aubagne, à Allauch et à La Ciotat, mais au-delà de 30 kilomètres, on refuse le déplacement si la commande fait moins de 400 euros, parce que le trajet mange la marge et que la journée perdue ne se rattrape pas.
Le lettrage reste l'essentiel. Peinture à la main sur verre ou sur bois. Vinyle découpé pour les vitrines. Plaques gravées pour les portes. Signalétique intérieure pour les cabinets médicaux et les études notariales. Un jeu de quatre plaques gravées, posé, tourne autour de 210 euros. Une vitrine complète, avec dépose de l'ancien lettrage et nettoyage, se situe entre 600 et 1 100 euros selon la surface et le support.
Camille Thomas répond en général dans les 48 heures ouvrées. Le rendez-vous sur place, lui, est mené par Claire Fournier, qui vient avec un mètre, un carnet et un appareil photo, et qui repart parfois sans commande. C'est normal. Une bonne moitié des visites se terminent par un conseil et un délai, pas par une signature.
Les horaires, les gens, les murs
L'atelier est ouvert du lundi au jeudi de 8h30 à 17h30, et le vendredi de 8h30 à 15h00. Le week-end, c'est fermé, sauf pour les poses chez les commerçants qui ne peuvent pas fermer en semaine, et dans ce cas, c'est convenu des semaines à l'avance. Le standard ne sonne pas en dehors de ces plages.
Trois personnes travaillent ici, et personne d'autre. Claire Fournier suit les rendez-vous et peint les enseignes. Julien Vincent s'occupe des travaux, des découpes et des poses. Camille Thomas tient les devis et la facturation. Il n'y a pas de sous-traitant régulier, pas d'apprenti, pas de commercial, et la personne qui décroche le téléphone est l'une des trois, ce qui explique parfois qu'on entende la graveuse en fond sonore pendant la conversation.
Le local n'a pas changé d'adresse depuis 2000.
La devanture a été refaite en 2009, après un dégât des eaux qui a traversé la cloison mitoyenne et trempé 200 feuilles de vinyle stockées à plat. On a perdu deux semaines et environ 1 400 euros de matière, et depuis, tout est sur des étagères à 60 centimètres du sol. Drawbackbeam SARL n'adhère à aucun organisme professionnel et ne revendique aucune certification. Nous ne faisons ni conseil juridique, ni accompagnement financier, ni formation. Ce que nous faisons tient dans deux pièces, un massicot, une graveuse et une bonne lampe de chantier, et ça suffit à remplir les journées depuis vingt-cinq ans.
Pour un projet d'enseigne, de plaque ou de vitrine, le plus simple est d'appeler le 04 09 66 73 90 ou d'écrire à [email protected]. Apportez une photo de la façade si vous l'avez ; ça fait gagner une visite.