Onze semaines sans rideau levé
L'atelier Chez Mireille, rue de la République, imprimait des affiches pour les associations du 3e arrondissement depuis 1987. Le 29 mai, un court-circuit a détruit le disque dur qui contenait vingt-trois ans de calques numériques, de polices achetées et de nuanciers clients.
Personne n'avait de copie. Mireille Sabatier, la fondatrice, 71 ans, venait de passer la main à son fils, qui a déposé le bilan le 12 juin. Les six salariés ont reçu leur lettre de licenciement le 26 juin, un vendredi après-midi, à 15h40.
Le quartier a réagi vite. La librairie Le Bleuet, juste en face, a affiché un mot sur sa vitrine. En trois jours, 148 habitants ont signé une pétition déposée à la mairie de secteur.
Un carnet retrouvé dans un carton
Karim Belloumi, 38 ans, était conducteur de presse dans l'atelier depuis 2011. Le 4 juillet, en vidant le bureau de la fondatrice, il a trouvé sous une pile de factures un carnet à spirale où Mireille Sabatier notait chaque nuance depuis 1994.
Trois cent douze références, écrites à la main, avec le fournisseur et la date. « J'ai failli le jeter avec les enveloppes », dit-il. Le carnet a servi de base à une reconstruction complète, refaite référence par référence.
Il a racheté le fonds le 24 juillet pour 14 000 euros, prêtés par deux cousins. Le bail commercial, lui, court jusqu'en 2031.
Ce que la réouverture change
L'atelier a repris le 14 août avec quatre personnes au lieu de six. Trois clients historiques ont signé de nouveau : le théâtre de la Criée, l'association des commerçants de la rue Sainte et une école primaire du quartier, qui attendait 600 affiches de rentrée.
Pour les riverains, c'est un repère qui revient. La sérigraphie reste la seule du secteur à travailler en petites séries pour des associations, un créneau que les grandes imprimeries de la zone de la Valentine ont abandonné.
Nadia Ferrand, présidente de l'association des commerçants, résume la chose simplement : « On avait perdu un service, pas seulement une boutique. »
Ce qui reste fragile
Le carnet ne remplace pas les fichiers. Cent quarante-deux références sur trois cent douze ont pu être reproduites à l'identique. Les autres seront approchées par tâtonnement, avec l'accord des clients.
Le fournisseur de papier, basé à Vitrolles, a accepté de revenir sur des volumes plus faibles pendant six mois. Karim Belloumi cherche encore un second conducteur de presse ; il a reçu onze candidatures, dont quatre sérieuses.
L'atelier ouvre du lundi au jeudi de 8h30 à 17h30 et le vendredi jusqu'à 15h00. Le téléphone de l'ancienne gérance, le 04 09 66 73 90, n'est plus attribué ; la nouvelle ligne sera publiée en septembre.